L’infâme.

Les jours s’enchaînaient dans une sombre répétition de vide intersidéral. Elle était éteinte, aussi vide que la boite crânienne de ce people qu’elle observait, le regard sombre, devant cette télévision allumée et muette. Les jambes nues, croisées sur le sofa. Vêtu d’un simple T-shirt, à l’effigie de Bowie, qu’elle avait conservée d’un ex petit ami. Un des rares qu’elle avait respectée – lui – elle ne l’avait presque pas trompée. Une larme c’était frayée un chemin jusqu’à ses lèvres, elle aimait le gout salé de cette perle de pluie venu d’aucuns pays. Elle avait peu voyagé, pourtant, elle en avait souvent eu le projet. Cette sensation d’être inutile l’envahissait fréquemment en se traduisant de manière violente, à l’image d’une centaine de lames lui lacérant la totalité du corps. Elle croisât son reflet sur ce grand miroir. Acheté dans une brocante, un dimanche d’Avril ensoleillé, posé instinctivement mais avec négligence dans un coin du salon. Ces grands yeux noirs, semblait sortir d’un manga, de Chobits plus exactement. Ces longs cheveux blonds et longs, tombant sur un corps amaigri – empli de grâce – qui se reflétaient dans ce miroir, lui rappelait souvent son héroïne, Chii, robot à l’apparence humaine, emprunt de réelles émotions humaines et capables de libre arbitre. L’amour et la naïveté à l’état pure.

Une légende urbaine. Voilà ce qu’elle aurait aimée être. On la trouvait mystérieuse – les gens se trompaient à son sujet – elle le savait. Ce n’était qu’une fille à l’état sauvage. Incapable de matérialiser en mots ses sensations. Ce miroir lui plaisait. Elle s’y était, à maintes reprises, observée en faisant l’amour à ses amants de passage. Cela lui donnait la sensation qu’elle n’était pas celle qui offrait ce corps aux forces du mâle, mais qu’elle en était juste spectatrice. C’était le seul moyen trouvé pour obtenir un minimum de plaisir dans ses offrandes charnelles régulières. Elle refusait rarement une avance, ce faisait même parfois payer, comme pour se salir, ou se punir d’être née. Chaque soir, elle prenait plaisir à choisir le plus écervelé de l’assemblée. Le plus vulgaire. Les hommes trop intelligent ne l’attirait pas, sauf si elle y décelait une perversité dissimulée capable de l’humilier encore un peu plus. Elle se sentait damnée jusqu’au plus profond de son être. Brûlant toute ses cartouches pour en finir au plus vite. De toute manière, qui la regretterais, c’était un monstre. Une petite fille de mauvaise vie. Un personnage sorti du livre d’Enoch, un ange déchu.

L’infâme, voilà qui elle était. Incapable de compassion, elle fuyait la médiocrité. Trouvait tous les hommes lâche et pleutre, à gerber. Quand aux femmes, elle connaissait trop leur nature pour espérer du réconfort de leurs parts. Si elle pouvait exterminer la race humaine de cette planète, elle commencerait par celle-ci, les femmes. Elle s’amusait souvent à les séduire – c’était si facile – encore plus que les hommes. Le miroir reflétait leurs corps nues – offertes à ses sévices – cette vision lui procurait une sensation étrange. Elle aimait les humilier, et plus elle était vicieuse, plus ses partenaires tombaient amoureuses. Son bonheur en était décuplé au moment de la séparation, elle adorait les voir supplier de ne pas les abandonner. Elle ne revoyait jamais ses conquêtes, une sorte de code interne. Elle ne voyait d’ailleurs plus personne.

Assise sur le sofa, les jambes nues, croisées. Elle senti la première goutte de sang maculé sa peau. La vaisselle était faite, l’appartement nettoyé. Elle n’aurait pas voulu en finir dans la crasse. Elle l’avait assez côtoyée tout au long de sa pénible existence. deux gouttes, puis trois. Pour la première fois de sa vie, elle ne trouvât pas ce sang impure. Une larme se mêla au sang, qui inondait déjà le sofa. Ses poignets la faisait souffrir. Elle levât la tête – et vît – dans ce miroir, toute l’humanité lui sourire, enfin. Le vertige pris le dessus, sa tête tournât, lui semblât lourde. Elle courbât l’échine et dans un ultime souffle, s’endormît pour toujours, elle souriait.

 

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6 commentaires

  1. fan dit :

    Histoire sans fin, N’y pense plus et aujourd’hui,L’infâme. Pas facile de commenter tout ça, tes mots résonnent comme un écho à mes pensées, comme des sous-titre à mes états d’âme… et cette chanson de noir désir…
    Mr Pilou, un talent certain à m’émouvoir!


    Une certaine sensibilité qui nous rejoint certainement. Prend soin de toi, mr Pilou.

  2. pucemouth dit :

    C’est une douce tristesse,l’histoire de cette infâme…J’adore ce genre. Je verrais bien ton histoire en BD manga, mais hélas je ne dessine pas assez bien ! kiss

    C’est sympa d’avoir les visions des autres sur mes textes, la tienne est très intéressante. Merci ma douce pucemooth. Je t’appelle demain promis … bisouxxx

  3. chris spe dit :

    l’infâme, une femme… et l’autre? :-) et l’autre? chris.

    Et l’autre …

  4. missreplick dit :

    Mr Pilou a du talent et j aime beaucoup ce texte. Beaucoup d’émotion que tu arrives a faire passer a travers la detresse de cette jeune femme je cours lire la suite
    Et encore bravo, la miss est fan bisousss

  5. lucaerne dit :

    Juste une question : tu n’as pas essayé de l’écrire au présent ? Je trouve que le présent a toujours beaucoup plus de force narrative que les temps passés.
    J’aime beaucoup le retour : « Assise sur le sofa, les jambes nues, croisées ». Comme une boucle bouclée.
    En revanche, sur un tel sujet, je trouve que le texte reste trop en superficie. J’aurais aimé qu’il creuse plus. Par exemple cette histoire de miroir. Un filon !

  6. princess dit :

    je ne sais pas pourquoi mais j’aime beaucoup ce texte. Il me rappel le livre nana d’emile zola. c’est tres touchant. kissou mr pilou^^

    Heureux que ça te plaise ^^

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