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November rain.

stairwaytoheaven.jpg   J‘arrivais tôt le matin, comme à chaque fois que l’on faisait appel à mes services. L’entrée des artistes, petites portes dérobées qui donnent sur le plateau. Les semi-remorques sont déjà là. Arrivés dans la nuit ou plus tôt le matin. Les chauffeurs – américains ce matin là – la mine renfrognée et les lignes blanches d’autoroute incrustées dans leurs pupilles, sont debout, un café à la main. Ils devisent, sans vraiment y croire, sur cette structure qui ressemble à une porte. Ils y voient l’aubaine de pouvoir rentrer leurs trucks et de les mettre “à cul” de la scène. Après un “morning” lancé de ma voix d’outre tombe, j’opine à leur demande. Je leur explique même qu’une grosse équipe de roads est présente pour les aider au déchargement du matériel. Ils retrouvent le sourire et commencent leurs manoeuvres. Les “bip-bip” des fenwicks commencent à retentir dans cette grande salle bien vide. Il est sept heures du matin, à vingt heures elle sera envahie par cinq milles personnes qui ne s’imaginent même pas qu’une salle pareille peut paraître froide et hostile un matin de Novembre. Ils seront là pour leur idole. Il faut dire que ce soir c’est du lourd.

sept heures et quart, bureau de prod’. Chez eux il fait toujours chaud. On réunit tout le monde. Aujourd’hui, pas besoin de disserter longtemps sur le programme de la journée. Nous sommes une équipe, ils nous ont pris pour ça, on se connaît tous, du producteur aux roadies. Sept heures trente, on enfile le bleu de chauffe, les gants de protection, les chaussures de sécurité et c’est parti. Pas moins de sept semi remorque aujourd’hui. La valse des flight case commence. Les caisses marquées d’un jaune, iront coté cour. Celles marquées de rouge, coté jardin. Les blanches sont pour la régie son et lumière. Les bleues quand à elles, sont pour le catring et les diverses loges. La vidéo et le backline, on s’en chargera plus tard.

La balance est prévue pour 15 heures. Ça nous laisse peu de temps pour mettre en place toute cette structure son et lumière, mais on s’en fait pas. On a l’habitude, on sait bosser. Aucun stress ne vient perturber cette matinée de montage si ce n’est une tête fracassée sur un pont (structure métallique supportant l’éclairage). Blessure superficielle ne nécessitant pas l’appel de pompier. Comme parfois. Parfaitement soignée par les infirmiers de service. Les américains sont détendus et rassurés, c’est rare.

Treize heure, le pont est en place; monté à 8 mètres de hauteur. L’éclairage accroché dessus. Le stack de son est accroché de chaque coté. On a faim, mais le timing est trop short. On décide donc d’installer le backline avant de manger. Ils pourront faire leur balance tranquille pendant que nous déjeunerons. Je me présente au backliner du groupe, il m’explique le plan de scène. Nouveau semi remorque à décharger, dixième café de la matinée.

Quatorze heures, les ventres crient famine. Les musiciens de l’artiste viennent nous saluer. Je papote un peu matos avec le bassiste qui à la même tête d’ampli que moi. C’est le bassiste de Portishead. ça en jette, j’adore, je lui dis, ça lui plaît. Mais l’odeur se dégageant du catring aura raison de la passionnante rencontre que je suis entrain de vivre. Dernier détour vers le bureau de prod’, lavage de main, rinçage de visage (on a beau être road ou technicien, on en reste pas moins coquet) et je me dirige vers cette odeur de poulet grillé.

L‘artiste est dans le hall, il discute avec un homme au costume sombre, semblant faire partie de son staff de production. En tout cas je ne l’ai pas vu sur scène à transpirer sous le poids des mac 2000 (projecteurs). Je le regarde de loin, je m’arrête quelques secondes, quand même, pour admirer le charisme de ce mec qui est une légende du Rock’n'roll. Du fond de la salle, il croise mon regard. Il me sourit et s’excuse auprès du man in black, lui faussant compagnie pour se diriger vers moi. Je me pince. ça craint, il a dû me prendre pour quelqu’un d’autre. Dois je lui dire ? Il arrive sur moi, me tend la main, me sourit et entame la conversation. Il avait juste envie de ça. Je suis abasourdi. Je lui demande même de parler plus doucement car son anglais est trop rapide pour moi. Ce grand bonhomme comprend et me fait la conversation. Il donne l’impression d’avoir aimé mon aura. Il a l’allure d’un baba cool, j’ai l’impression de parler à un pote. Tout cela dure une dizaine de minutes.

Le type avec qui je discute le bout de gras sur
la France, la musique et … la bouffe, est une de mes idoles d’adolescence. mine de rien, je papote pépère avec ROBERT PLANT !! Môssieur Led Zeppelin himself. Une des stars les plus humaines qu’il m’ait été donnée de rencontrer dans ce métier. J’y ai souvent croisé des noms, de Prince à Morgan Freeman ou de Lou Reed (mon album du Velvet porte dorénavant sa griffe) à Michael Douglas. (et oui, entre Cannes et Monaco, forcément..). Mais Robert Plant restera la rencontre qui m’aura le plus marqué. Il dégage un charisme proche de la perfection, on dirait un encens tant il est zen.

Vingt heures, le concert commence. 23h30 il se termine. J’ai passé une partie du show sur le coté de la scène. Il en sort. Croise mon regard insistant, me fait un ultime clin d’oeil et disparaît. A peine le temps de me remettre qu’il faut déjà tout plier. Même chose que plus haut, mais à l’inverse. La salle s’est vidée, elle est redevenu froide. Seul le sol jonché de gobelets et de papiers gras ou glacés, témoigne que des milliers de fans sont venus ce soir – écouter leur idole – le voir de près. Je me dis qu’il existe des journées, dans la vie de mr Pilou, qui sont vraiment exceptionnelles et privilégiées.

Quatre heures du mat’ j’ai des frissons. Il fait froid dans cette plaine du var. Je suis épuisé. Je monte dans mon véhicule, démarre, et pousse le volume de l’autoradio au maximum. dans le lecteur “Stairway to heaven”. Sur mon visage, un sourire fatigué. Quelle bonne journée …

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